Qu’est ce qui s’est passé la semaine dernière pour que la lecture du post d’Anaelle-ecrit-avec-toi sur Insta, dont le sujet a déjà été très souvent publié, provoque chez moi soudain cette surréaction ? J’ai posté en réponse « Bravo ! à vous le commercial et à nous la créativité »… J’ai besoin de comprendre. Et comme le dit Jung à propos des rêves : « l’interprétation c’est l’art de compliquer les choses simples ! »
Donc, je reprends depuis le début. Il y a quelques jours, Anaëlle-ecrit-avec-toi poste un commentaire Insta concernant son interprétation des travaux de Campbell et Vogler sur la psychologie des héros de roman. « Pourquoi tes héros ne changent ils pas ? » interroge t’elle.
C’est une vraie bonne question, sans doute même La Question. Et même au-delà de la littérature. En effet, je me demande souvent pourquoi on se demande tous à un moment ou à un autre pourquoi on refait toujours les mêmes erreurs, pourquoi on n’arrive pas à prendre en compte les leçons du passé…
Il y a quelques années, j’ai suivi une formation en ligne sur l’écriture des scénarii. Cela m’a passionné. Le thème de l’évolution des personnages était là aussi central. J’ai donc lu « le héros au 1001 visages » de Campbell avec enthousiasme, d’autant plus qu’il s’appuyait largement sur les travaux de C.G. Jung que je dévorais déjà depuis quelques années.
En grattant un peu je découvrais aussi que c’est Georges Lucas qui participa pour beaucoup à la découverte des travaux de Campbell et de l’arc évolutif des personnages dans les mythes et les contes. En effet, le metteur en scène n’arrivait pas à être satisfait de son scénario, Star Wars. Il se rapprocha de l’ethnologue et grâce à cette rencontre, Luc trouva la Force et son chemin du héros qui l’amena jusqu’à nos écrans, sous nos yeux ébaubis !
Je vous raconte tout ça et bien sûr on ne comprend pas bien comment on en arrive à cette réaction épidermique à lecture d’Anaëlle… On s’en rapproche pourtant.
En effet, à la suite du succès de ce film, beaucoup de scénaristes et d’auteurs ont ressenti sans doute un immense soulagement. Il existait une recette pour écrire des bestsellers pour les plus mercantiles et une échappatoire pour ceux qui, comme Georges, peinaient à comprendre où leurs personnages les embarquaient, ce qu’attendait leur création…
Voilà, on touche au point crucial. Avec les années et mes lectures, j’ai (moi aussi) évolué ! D’abord je m’ennuie au cinéma aujourd’hui, particulièrement quand les films viennent d’outre atlantique d’ailleurs. Les destins des héros, jusqu’à la caricature des Comics, sont tous tellement semblables et transparents. Il y a pire, quand je retrouve ces mêmes trajectoires dans les romans où j’espère toujours trouver plus de créativité. Voilà le premier point : les recettes ça rassure, mais on final on finit par toujours manger la même chose…
Le deuxième point est plus subtil et je crois plus profond. Personnellement, je suis convaincu qu’Anaëlle se trompe. Comme beaucoup de commentateurs littéraires de Campbell, ils passent à côté de Jung et de son analyse : « nous sommes tous les héros de notre propre aventure, de notre histoire, de notre destinée »…
Là ça devient passionnant ! Si on reprend l’anecdote de Lucas, il traversait des épreuves dans sa vie personnelle et ce projet lui mettait énormément de pression. C’était presque une question de vie ou de mort. Même sa maison avait été hypothéquée pour subventionner son futur film dont il n’arrivait pas à terminer le scénario. Sa rencontre avec Campbell et l’inconscient collectif lui ont fait prendre conscience de ses difficultés intérieures. Et c’est donc son histoire qu’il couchait sur le papier. Il n’a pas utilisé cette recette pour raconter « une » histoire, ce travail lui a permis d’accoucher de lui-même, d’écrire son histoire.
C’est donc prendre le problème par le mauvais bout de la lorgnette que de vouloir appliquer partout cette recette. Ce que dit Jung, c’est que quoi que nous écrivions, l’inconscient nous fera écrire notre histoire… Sauf si nous cherchons à lui échapper en suivant des protocoles rationnels.
Pour aller au bout de cette remarque, il faudrait conclure en précisant qu’il faut connaître ces processus inconscients pour les oublier quand on crée. Puis, quand l’œuvre est terminée ou en tout cas bien avancée, alors en la relisant, en l’analysant, on doit retrouver les fils qui l’ont porté. Ces fils, c’est nous, notre histoire, notre ADN, notre destin… C’est le cadeau que nous nous faisons à nous même. Et finalement, si cette histoire ne parle à personne d’autre que nous, est-ce réellement si grave ?
