Féminité (suite)

Il y a quelques heures, je mettais en ligne quelques mots sur un post intitulé Féminité. Et aujourd’hui, lors de ma lecture matinale, je tombe sur cet extrait de Marie-Louise von Franz dans « Âmes et Archétypes ». Les choses sont bien faites, vous ne trouvez pas ? Je vous le laisse ci-dessous, in extenso :

« … Or le principe féminin aspire davantage à la conciliation des opposés qu’à leur affrontement, et il en découle que la Mère de Dieu est aussi considérée comme mediatrix. Cet arrière-plan historique nous aide à mieux comprendre pourquoi le psychologue C.G. Jung loua la proclamation du dogme de l’Assomption, la Declaratio  Assumptionis Mariae, par Pie XII, comme étant le grand événement spirituel de notre siècle (ici). Naturellement, la Declaratio ne contient pas grand-chose qui n’ait depuis longtemps été reconnu par la tradition populaire, mais elle est, malgré tout, très remarquable parce qu’elle répond à une tendance tout à fait moderne de l’inconscient collectif. Dans la mesure où la Mère de Dieu fut élevée au ciel avec son corps, alors que ce corps a été conçu dans le péché, cela signifie aussi, indirectement, une reconnaissance bien plus grande du corps humain et, avec lui, de la matière, et cela empêche le matérialisme antichrétien d’avoir le vent en poupe. Car une autre tendance se manifeste aussi dans l’inconscient de l’homme d’aujourd’hui, celle qui consiste à ne plus exclure le corps et la sexualité de sa totalité en devenir, de sa réalisation intérieure, comme le faisait l’homme du Moyen Âge avec ses exercices d’ascèse. Il était intéressant d’observer comment les individus réagissaient à la Declaratio. La plupart, dont je fus, prêtèrent à peine attention à l’article de presse. Certains pensèrent que c’était une affaire plutôt surannée mais pas leur inconscient. On m’apporta même dans mon travail analytique toute une série de rêves réagissant à la Declaratio. Une femme protestante, par exemple, ayant estimé la nouvelle sans intérêt, eut le rêve suivant :

Elle traversait le pont de la Limmat (a Zurich) pour se rendre sur une place connue de la ville. Une foule immense by était rassemblée. Il était dit : L’Assomption de Marie aura lieu ici même. Elle se mêla à la foule et dirigea comme elle son regard scrutateur vers le podium de bois où L’événement devait avoir lieu. Une femme noire, nue, d’une grande beauté, fit son apparition, leva les mains et monta lentement au ciel.

Que Marie apparaisse ici sous les traits d’une femme noire n’a rien d’étonnant — des Madones noires existent dans de nombreux endroits. De notre point de vue, le rêve met simplement l’accent sur l’élément physique chthonien, archaïque. Dans la réalité, la rêveuse avait des difficultés à accepter sa féminité corporelle et cherchait souvent à la fuir dans la sphère de l’intellect masculin, bien que le rêve soulignait le caractère également spirituel du corps féminin, voire sa fonction sacrée.

Pour le psychologue, il est intéressant d’examiner ce qui, dans l’Église, suivit la promulgation du dogme : une campagne contre le célibat des prêtres et une démarche en faveur de l’admission des femmes dans les fonctions ecclésiastiques. Bien que les textes de ces requêtes ne s’appuient guère sur la Declaratio, ces tentatives sont, d’un point de vue psychologique, une conséquence ou une continuation directes de la tendance spirituelle manifestée dans cette promulgation. Ce qui n’est pas le moins important et appartient à ce contexte, c’est la vague de mouvements féministes qui, surtout en Amérique, a pris des proportions très grandes. Je ne désire nullement porter un jugement, positif ou négatif, sur tous ces mouvements. Je les mentionne simplement en tant que symptômes psychologiques. Personnellement, je ne crois pas que, dans les parties du monde habitées par la race blanche, les femmes soient plus opprimées aujourd’hui et ces derniers temps qu’elles ne l’étaient déjà depuis longtemps. Ces mouvements sont plutôt déclenchés inconsciemment par une constellation archétypique dans l’inconscient collectif, constellation qui résulte d’une très ancienne mésestimation du principe féminin.

Vous avez certainement remarqué que je dis souvent « le principe féminin et non la femme. Cela est dû à un autre facteur qui mérite réflexion. Comme l’a souligné Jung, la nature physique et spirituelle de l’homme possède aussi des composantes féminines auxquelles il a donné Le nom d’anima. Lorsqu’un homme réprime ses aspects féminins, il devient inconsciemment efféminé, ce qui prend la forme d’humeurs irrationnelles, d’accès soudains de sentimentalité, de fascination pour la pornographie, de traits hystériques et autres choses de ce genre. Par contre, s’il les reconnaît et les différencie, il sera moins intransigeant à l’égard des principes, deviendra en général plus « humain » et « chaleureux » et sera plus ouvert à l’élément artistique, irrationnel de la vie. »

Je suis donc en cours de lecture de cet essais qui rassemble plusieurs textes écrits séparément. J’ajouterai quelques mots plus tard ici, quand j’aurais terminé…

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