Je m’apprêtais à vous raconter mes aventures sur l’île de Patmos où a été écrite l’Apocalypse de Saint Jean. Je ne suis pas particulièrement croyant… enfin, catholique. Toutefois, Junguien convaincu, la symbolique chrétienne m’intéresse beaucoup. Et ce matin, j’écoutais Éric-Emmanuel Schmitt à la radio qui évoquait son expérience personnelle de la foi.
« Le soleil de Platon » ; le 6 juillet 2026. Charles Pépin et Éric-Emmanuel Schmitt
Charles Pépin l’interrogeait sur sa foi chrétienne et comment elle cohabitait avec son besoin de comprendre. Je retranscris rapidement ici l’extrait qui m’intéresse.
19’ : « La nuit de feu. La foi.
— Comment la faites cohabiter avec la dimension philosophale ?
— Athée, élève de Dérida (la déconstruction), cette expérience mystique m’a transformé. La foi, c’est une façon d’habiter l’ignorance. Avec angoisse avant et maintenant avec confiance.
— On peut y arriver sans croire Dieu !
— Dans la foi, il y a une promesse, c’est l’Espérance — l’espoir est un jus du passé qui serait comme un antidote aux situations présentes, l’Espérance, c’est une lumière devant soi. La foi permet d’habiter le mystère avec confiance.
— C’est de l’ordre du mystique, pas de la croyance.
— En effet, tout part de l’expérience mystique. Mais on peut avoir la foi sans avoir l’expérience de Dieu et resté dans la nuit de Dieu, comme mère Thérèsa. Thérèse de Lisieux aussi. Pour moi, après cette expérience initiale dans le désert, la foi est restée comme une trace, une cicatrice. Cela m’a transfiguré.
— Et la religion alors ?
— Comme Bergson, je pense que toutes les religions ont toutes le même cœur. Le cœur mystique. Les religions ne sont que des façons de dire ce cœur mystique et donc des refroidissements de ce cœur.
— vous avez une foi chrétienne vous ?
— La religion chrétienne est un horizon si haut qu’il en est presque inaccessible. Dans la religion juive, la première exigence est le respect, c’est possible, même de respecter son ennemi. Dans la religion musulmane, le socle est l’obéissance et l’humilité, c’est possible aussi. Dans le christianisme, c’est l’Amour… Aimer même le pire de ses ennemis… Cela me semble impossible. Il n’est de chrétien que de mauvais chrétiens, parce que la barre est trop haute. Mais j’aime ce romantisme. Les chrétiens sont des juifs sentimentaux, qui ont remplacé le respect par l’amour. »
C’est étonnant comme cet échange matinal illumine mon expérience que je m’apprêtais à vous raconter ici… Mais ça, ce sera pour la semaine prochaine !
