Biopic de Michael Jackson

Attention, Spoiler !

Je suis allé au cinéma ce week-end. Je suis allé voir le biopic de Michael Jackson. Je ne vais faire aucun commentaire sur la qualité cinématographique du film, ce n’est pas du tout mon domaine. Je vais juste dire que j’ai passé un très bon moment. En revanche, l’aspect symbolique, lui, m’interpelle.

Je suis ressorti de la séance avec l’envie de creuser l’aspect symbolique de la vie de cet homme hors du commun. Je suis conscient évidemment que ce n’est pas de la vie proprement dite de cet être humain que j’ai vu dans cette salle, mais le récit de la vie de celui-ci, avec les contours restreints de jugements légaux, de contrats et bien évidemment de complaisance avec la famille. Il reste aussi bien sûr la projection inconsciente de l’auteur du scénario… Cela fait beaucoup de voiles à retirer pour arriver au sujet. C’est certainement impossible. Je vais donc m’arrêter aux trois titres que le film retient : « Thriller », « Victory Tour » et « Bad ».J’ajouterai aussi à la liste « This is it » pour la conclusion…

Le film s’ouvre naturellement sur l’enfance de la future star mondiale de la pop. Loin des paillettes, dans un décor de banlieue industrielle, Micheal regarde par la fenêtre des enfants qui jouent sous la neige, dans la nuit. La solitude de cet enfant est immédiatement placée au cœur du sujet.

La scène se prolonge. Lui n’a pas le droit de sortir pour aller jouer, mais doit répéter avec ses frères devant son père. Celui-ci lui réclame tout au long de le regarder dans les yeux, mais Micheal ne le fait pas, ne le peut pas. Cette opposition, quelques scènes plus tard, se terminera par des coups de ceinture. La confrontation avec son père est ainsi le second sujet au cœur du film.

L’enfant a un livre de chevet : Peter Pan. Je me souviens qu’à l’époque du décès du chanteur, beaucoup de commentaires avaient été faits sur cet enfant qui ne voulait pas grandir. Le syndrome de Peter Pan. Ce trait de caractère s’étire lui aussi tout au long du film. Ce que je retiens principalement, c’est que l’enfant identifie le Capitaine Crochet à son père. Un monstre violent, animé par l’appât du gain mais également par une croyance dans l’unité familiale, même au prix de l’épanouissement de l’individualité.

Le scénario a pour moteur central le dépassement de « cet obstacle psychologique ». Micheal doit apprendre à tenir tête à son père. Peter Pan doit vaincre le Capitaine Crochet. Ce despote le terrorise. Je vois donc un lien entre cette peur et le titre de son 1er album solo, qui exprime donc pour la 1ère fois l’arrière-pensée de la star : « Thriller ».

L’accident lors du tournage de la pub pour Pepsi fera prendre conscience à l’adolescent qu’il n’a pas le choix. Il veut devenir une star mondiale, donc il doit vaincre son dragon de père. Une dernière turpitude de celui-ci et il se retrouve embarqué dans une tournée avec ses frères : le « Victory Tour ». Le nom semble être une proposition du père, pourtant il annonce la victoire du fils. Et Crochet est enfin débarqué définitivement.

C’est l’heure de la révélation. C’est l’heure du 2ème album. Le titre « Bad » me donne l’impression d’une contraction de « I’m Bad », qui est d’ailleurs donné dans le refrain. Blouson de cuir noir, des gestes obscènes, des tubes provocateurs. Tant que l’ombre de cette personnalité s’accrochait à son père, tout le « mal » restait en dehors de la star, de l’étoile. Le monstre était extérieur. Le jeune homme pensait avoir dépassé l’obstacle et s’en être sorti avec succès. Mais c’était une victoire en trompe-l’œil. Car l’ombre n’avait pas été terrassée mais seulement repoussée. Libérée de son son support physique, elle devint encore plus dangereuse. L’ombre parvint finalement à avaler et à digérer la personnalité de Michael. Crochet d’ailleurs avait lui aussi subi cette mésaventure : le crocodile avait englouti son réveil avant d’engloutir le Capitaine.

Michael Jackson meurt le 25 juin 2009, « paumé et paralysé, il se déteste… » indique l’article de franceinfo. Les accusations de pédophilie pourraient être la cause de cette dépression, laisse entendre le « papier ». Il était en train de répéter une tournée de 50  concerts au titre encore une fois étrangement évocateur : « This is it »…

Comme je le disais en introduction, c’est moins la véracité du film que la valeur symbolique de cette vie qui me touche. J’y devine la difficulté qu’il y a à dépasser son ombre, un sujet que C.G. Jung et Marie-Louise von Franz évoquent régulièrement. Il ne s’agit pas de la détruire et encore moins de détruire la projection de celle-ci. Ils répètent qu’il s’agit de la dépasser et donc de l’intégrer. L’alchimiste Patrick Burensteinas dit de son côté, de « lui part-donner », reconnaissant par là qu’il faut lui donner sa part sans se laisser emporter par elle. Peter Pan avait lui aussi un problème avec son ombre. Micheal avait réussi à se débarrasser de son père, mais il n’a pas pu intégrer son ombre. Le véritable adversaire n’était pas extérieur, ce n’était pas le père, c’était l’ombre qu’il portait en lui. Celle-ci était d’autant plus importante que sa personnalité était hors norme. Et cette fois-ci, l’obstacle fut hors de sa portée.

Ces héros qui luttent de toutes leurs forces contre leur ombre me touchent particulièrement…

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