Féminité

J’ai été très touché par un long post sur Facebook de Patrick Dewdnay commentant sa décision de ne pas participer cette année au festival « Trolls et Légendes ». Je vous invite à le lire ci-dessous.

A l’origine de cette décision, il y a l’affiche de cet événement que je vous laisse découvrir là, et surtout quelques réactions mal venues.

Je passe sur les commentaires outrageant pour les femmes et veux me concentrer sur l’analyse de cette perception de la féminité dans notre société.

Je tiens absolument à préciser avant tout autre chose qu’il n’y a aucun jugement de ma part, je souhaite seulement démêler mon ressenti personnel afin que je puisse indentifier l’origine de ma perception du sujet et trouver une voie apaisée pour moi-même, et d’autre si cela leur convient.

Donc, l’affiche représente une femme guerrière. Sa chevelure flamboyante occupe tout l’espace supérieur et me donne l’impression d’enflammer les cieux. L’oeil droit que les cheveux ne cachent pas vous fixe avec intensité, aussi vert que la boucle d’oreille émeraude qui coule jusque dans le cou. Une épaulette, un pectoral et un gant imposants au côté gauche, c’est à peu près le seul vêtement qui cache le corps de cette combattante, si on oublie le cache tétons rouge sang sur son sein droit. Je trouve l’oeuvre belle, avec toutes ces courbes et circonvolutions qui me rappellent un peu le style art nouveau floral.

Évidemment, la charge érotique m’apparaît flagrante. Ce magnifique corps est équipé pour la lutte, et aujourd’hui, cela peut être interprété facilement comme une revendication féministe. Toutefois, celle-ci se trouve pervertie par ce corps dénudé et donc peut être interprété à l’inverse comme une « hypersexualisation du corps de la femme » comme s’en défendent les organisateurs.

Je commence. Comme le dit Jung, l’interprétation c’est l’art de compliquer les choses simples. J’adore !

Premières questions : si je refusais cette séduction, est ce que cela ne soutiendrait pas l’idée de vouloir voiler toutes les femmes ? La vie serait elle simplement binaire ? Là encore Jung m’indique un chemin : ce qui surgit de l’inconscient se divise en deux à la surface de la conscience. Comment l’appliquer à cette affiche ?

L’idée qui me vient ensuite c’est « que serait les commentaires si cela avait été un homme ? » Je vois l’image de Conan le barbarre dans les années 80 envahir ma mémoire. Je googelise l’affiche et reste interdit devant l’audace de l’artiste de l’époque. Me voilà face à un homme d’une virilité exubérante, au trois quart nu, brandissant une gigantesque épée vers le ciel… Et à ses pieds une femme, à la plastique aussi splendide que celle de l’homme. Son arme est un sabre courbe qu’elle fiche dans la terre. La symbolique est totale.

D’aucuns diront que cette femme est accroupie devant l’homme, donc en position de soumission. Mais non. La féminité est proche de la terre et celle-ci s’y accroche quand l’homme tient son arme en l’air pour attraper un rayon lumineux dans l’obscurité. Le couple est serti de flammes rousses qui me rappelle la coiffure de notre guerrière initiale.

Reste les corps. Beaux. Exhibés… Cette fois je me sens attiré vers les nus grecs. Dire du David ou de la Vénus qu’ils sont hypersexués me paraît hors propos. C’est beau, c’est tout. Parce que le corps humain est beau. Qu’il mérite d’être vu, regardé… Exposé. Nu.

Contrairement à Foucauld, je pense qu’il y a bien une censure concernant le sexe. Il y avait des films pornos interdits aux mineurs alors que Mad Max écrasait des gens sur les routes post apocalyptiques devant tous les publics. Le sexe… La sexualité, le désir, c’est une perte de contrôle. Et cela ne peut pas se faire sans réaction du Logos.

Je m’approche. Logos. Eros. Masculin. Féminin. Homme. Femme. Et revoilà la psychologie des profondeurs : Anima et Animus. Quand je rêve, je vois souvent apparaître mon anima. Après toutes ces années à les noter, j’ai appris à la reconnaître. C’est ma part féminine. Elle est une part importante de ma psyché. Elle est celle qui m’ouvre la voie vers l’inconscient collectif. Les femmes elles, rêvent de l’animus, leur part masculine. Je devine maintenant l’erreur que nous faisons facilement en regardant ces affiches : nous confondons les femmes avec l’archétype féminin, l’Eros, l’anima. Et vice versa. Il faudra que j’écrive quelques mots sur le sujet.

En partant de cela, je ne peux pas reprocher à l’artiste d’exprimer sa féminité. Il ne donne pas son point de vue sur ce que sont, ou devraient être, les femmes, mais au contraire c’est sa féminité personnelle et inconsciente qu’il exprime. La femme en lui. Peut-être le fantasme. Ce qu’il va projeter au dehors.

Je vois le même processus à l’œuvre dans l’histoire de Siffe et de son amour d’enfance. C’est aussi une façon pour l’auteur d’extérioriser son histoire personnelle, son intimité. C’est là la beauté de la vraie littérature. « C’est toujours une question de vie ou de mort » dit le prix Goncourt 2026, Laurent Mauvignier. J’adhère absolument. L’auteur écrit sans règle, sans limite ; il plonge en lui et remonte avec son trésor, son Graal, son œuvre. Personnelle. Vitale. S’il a du talent, tout le monde s’y reconnaîtra. Sinon lui seul s’y retrouvera. Et cela me suffit. Mais si l’idée est de respecter des règles, des codes, des idées préconçues alors ce n’est plus de l’art. Tout juste un produit de consommation… Ou de la propagande.

L’auteur est libre. Mais ce que d’autres disent de son œuvre est évidemment très perturbant pour lui, car il s’est dévoilé en créant. Il s’est mis à nu lui aussi…

Comme cette femme sur cette affiche.

5 1 vote
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest

0 Commentaires
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x