Pendant nos dernières vacances, à destination de Patmos, nous avons fait une halte à Kalymnos. Nous débarquons sur l’île du Dodécanèse le 22 juillet par une chaleur écrasante. Nous galopons pour nous mettre à l’ombre et réfléchissons à ce que nous pouvons découvrir ici. Comme nous passons ici en coup de vent, nous n’avons pas le temps de faire grand-chose, et comme nous rêvons d’un peu de fraîcheur, nous optons pour l’air climatisé du musée que le Routard nous vante.
Il faut dire que la petite île a un passé glorieux, surtout à l’époque romaine. Nous découvrons ses trésors avec intérêt, y compris un très bel exemplaire byzantin de l’Apocalypse qui nous annonce la proximité de la grotte de Saint Jean…
Et puis j’entre dans une salle presque vide. Au centre, une seule et unique statue de bronze. Une femme. En toge. Plus grande que nature. Je tombe en arrêt devant elle.

Quand je m’avance enfin, je lis l’étiquette à ses pieds qui la présente ainsi : La Dame de Kalymnos est une sculpture grecque exquise datant de la période hellénistique, vers le IIIᵉ siècle av. J.-C. C’est sans doute la statue en bronze la plus monumentale à avoir été découverte en mer, puisqu’elle a été remontée par un bateau de pêche en 1994 à l’est de l’île grecque de Kalymnos à une profondeur d’environ 120 mètres.
Troisième siècle avant Jésus-Christ… 2200 ans sous l’eau ! Et quelle majesté, quelle prestance…
Je prends un peu de recul et essaie de comprendre cette posture qui m’impressionne. Que fait-elle ? Appelle-t-elle quelqu’un avec sa main en porte-voix ? Cela ressemble presque à un salut. Je sens le respect qui se dégage de son geste. Après quelques instants, je me place face à elle et prends la même position. Main gauche sur la hanche, main droite ouverte, la paume au niveau du cou et l’index à hauteur du menton.
Mon intuition me guide et me susurre une réponse : « elle prie ».
Oui, bien sûr, elle prie. Cette attente, cette attitude empreinte de sérénité et d’intériorité, la tête à peine penchée sur le côté, un peu ailleurs, peu perdue…
Mais au lieu de joindre les deux mains, elle n’en lève qu’une seule. Une nouvelle vague d’interrogation, m’emporte et encore une fois mon intuition me répond : « elle prie l’esprit masculin, elle prie le Logos. »
Je tente de me reconcentrer. Les deux mains jointes me semblent un geste évoquant l’union, l’harmonie, l’Éros donc. Une seule en revanche, cela donne l’impression d’indiquer une direction en évoquant l’Un, l’Unique. Très Logos tout ça. Quelques jours après notre retour, O. me dira que quand je parle, je fais aussi ce geste qui dessine une orientation à suivre, une ligne droite à laquelle se tenir.
À l’approche de la grotte de l’Apocalypse, c’est donc encore une fois le principe masculin qu’évoquait déjà l’île de Rhodes, dont la figure est Hélios, le dieu soleil, qui se retrouve une fois encore souligné.
Il y a des escales qui mérite une prière.
Pour plus de précisions historiques, voici le lien vers le musée : La Dame de Kalymnos : un majestueux trésor en bronze de la mer Égée
