« Propagande »…

J’ai eu une réponse de P. Dewdney… Et ça m’a beaucoup touché ! Il m’a indiqué qu’il disait souvent qu’il écrivait de la propagande. Du coup, j’ai continué à tourner autour de son sujet.

« Merci pour votre attention. Ça m’a touché ! Et questionné. « Propagande »… Je l’ai supprimé du post précédent, « Féminité », en fin de compte. Ça n’exprimait pas le fond de ma pensée en réalité. Je crois avoir réalisé après votre réponse que j’avais probablement écrit ce mot pour vous faire réagir… Involontairement. (Et je vous présente volontiers mes excuses). J’indiquai d’ailleurs sur votre page FB « pervertir les masses ». Mais je le conceptualisais aussi, comme vous, de façon positive. Je dis pour ma part facilement que pervertir une société pervertie me semble éthiquement raisonnable, voire responsable.

Bien sûr, je devine « votre » propagande dans votre œuvre. Quand je vous lis, j’ai l’impression de vous voir ! Même si cette image reste complexe.

D’un côté il y a les Vars. Société militaire, ils sont décrits de façon positive. Je comprends que vous êtes sensible à ces comportements, cette attitude qui les caractérise, à cette forme de puissance qu’ils représentent. Il y a avant tout une solidarité, une fraternité sans faille. S’ajoute un goût pour l’effort, pour les aptitudes physiques. Je n’oublie pas la rigueur et l’organisation. Cet esprit de cohésion implique de chacun des individus de passer après le groupe. Pourtant les compétences au combat leur valent une reconnaissance individuelle et un profond sentiment de respect réciproque. Un équilibre proche de celui de la meute, de l’état sauvage, au plus près de la Nature. Je comprends que cela fait référence à une vision fantasmée, idéalisée, de la classe ouvrière la « force motrice » d’une civilisation industrielle. Votre post sur votre enfance éclaire aussi cette envie de puissance, avec une petite pointe de colère.

Face à eux, il y a les sociétés civiles. Disparates, plutôt désordonnées, toujours dirigées par des tyrans. L’individu y tient une place centrale, avec toute ce que cela comporte de déviance. Elles sont souvent traitées de façon méprisante sous votre plume. Le chaos de leurs « relations » reste pourtant le moteur de l’intrigue générale. Sans oublier le véhicule du message politique.

Et puis il y a la Vigne ! Et les rêves qu’elle génère. Le junguien, que je suis, sent une tentative de « spiritualisation » du récit. C’est sans doute pour cela qu’à mon sens, c’est là le moteur principal de l’œuvre. Il faut que je précise que pour le psychiatre suisse, cette spiritualité est équivalente à l’individuation, Dieu pouvant être assimilé à la projection du Soi, centre psychique vers lequel un individu est attiré. Les rêves. Ceux qui sont provoqués par la Vigne sont les seuls à être traités. La psychologie des profondeurs les nommerait les « grands rêves ». Ceux-ci correspondent à une communication, une apparition, une poussée du Soi dans la psyché de l’individu. Ils sont différents des rêves « quotidiens », qui retraitent les expériences personnelles, familiales et plus quotidiennes.

Du coup, Syffe fait des grands rêves. Sauf que ceux-ci proviennent d’un Soi matérialisé par cette sorte de méduse végétale. De façon significative, elle vit sous terre, espace symbole de l’inconscient. Cette quasi-déesse absorbe aussi l’éternel amour de Syffe… L’Anima… Manque plus que l’Ombre au tableau. J’ai cru un moment que c’était le roi de la Vigne mais non… Je n’arrive pas encore à voir ce qui la représente.

Nous voilà à la croisée des chemins. A mi-chemin entre l’individuel et le collectif. Jusqu’où doit-on accepter de ne pas être soi-même ? C’est une question centrale pour de la psychologie de Jung. Pour une part, sa réponse est qu’une communauté se structure sur ses individus, par ses individus. Elle est donc aussi le résultat de leur évolution personnelle. Je crois que Jung aurait pu dire que la société est la propriété émergente de la somme des individualités qui la compose, bien que cela ne soit pas complet. Bien sûr, pour lui, la liberté individuelle étant fondamentale, c’est dans la proximité du Soi et cette « pleine conscience » qu’il est possible d’accéder au choix réel et donc à l’action véritable. Ce point de vue nous libère ainsi du conflit qu’impose le sujet de la liberté avec les contraintes de la communauté. Au tome quatrième, je crois que Syffe est déjà relativement proche de cet équilibre.

A mi-chemin enfin de la Psyché et la Matière. Sur ce thème, je ne vois pas où vous voulez nous conduire. Limiter le Soi, Dieu, l’inconscient collectif (je vous laisse choisir !) à une entité quasi divine, sorte d’extra-terrestre avec des superpouvoirs télépathiques ne résoudrait pas la question de la quête de sens de Syffe. Car ce sujet revient continuellement : sa vie a-t’elle un but ? Cette question existentielle est relativement récente et « moderne ». Très romantique bien sûr — j’habite Saint Malo, lieu de naissance de Chateaubriand, je ne pouvais passer à côté ! Marie-Louise von Franz, la psychiatre qui prit la suite de Jung, écrit : « quand le mythe meurt, les hommes meurent. Aucune civilisation ne survit à la mort du mythe qui la fonde ». Cette question existentielle apparaitrait donc pour nous avec le déclin de la vigueur du « mythe catholique ». Avant cela, quand le mythe est encore vivant en l’homme, cette interrogation est absente car l’archétype inconscient y répond avant même qu’elle ne se pose à la conscience. Mais une plongée dans une analyse des archétypes animant l’inconscient individuel et collectif, ne m’apparait non plus correspondre au « style », au but du « Cycle de Syffe ».

Finalement, je devine peu à peu « l’auteur » sous la plume. Un anarchiste, plutôt matérialiste, très attaché à l’acceptation des différences individuelles et qui se débat entre le rôle de l’individu dans la communauté et celui de la communauté sur l’individu. D’autre part, j’ai l’impression de deviner une tension entre « l’auteur » et son inconscient. Personnellement, je ne crois pas que le Soi puisse accepter toujours d’être contraint dans une réalité si matérielle. D’après moi, il finira par revendiquer sa place en tant que centre. A la croisée des chemins, à mi-chemin entre l’individuel et le collectif mais aussi entre la matière et la psyché…

En revanche, je n’ai pas d’idée sur l’avenir de ce héros ! Jusqu’où plongera Patrick Dewdnay ? Jusqu’où nous emmènerez-vous ? Jusqu’où m’attirerez-vous ? Et, au-delà de la propagande, quel message voulez-vous transmettre finalement ?

Je suis impatient de retrouver Syffe et son Chemin ! »

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