la guerre de Troie a eu lieu mais ailleurs, livre de Iman Wilkens

L’ Odyssée

Auteur : Iman Wilkens
Note : ⭐⭐⭐

J’ai envie de faire un billet à la mode aujourd’hui ! Cela nous changera un peu de Jung et de la psychologie des profondeurs…

Il y a quelques jours je suis allé voir le film de Christopher Nolan : l’Odyssée. Je vais juste commenter le film en disant que j’ai passé un très bon moment. Le thème de l’homme qui voit son monde s’écrouler et qui culpabilise parce qu’il pense avoir trahi les dieux, est sans doute très actuel… Mais bon, ce n’est pas le sujet !

En visionnant ce film, je repensai à un livre que j’ai lu il y a quelques temps : La guerre de Troie a eu lieu… Mais ailleurs ! d’Iman Wilkens. Ce livre publié il y a presque 10 ans m’avait passionné. Je vais essayer de vous expliquer pourquoi pour qu’à votre tour, vous ayez envie de plonger dans cet extraordinaire univers mythologique.

L’auteur, dans la droite ligne des enquêtes à propos des mystères historiques, tente donc de nous convaincre de sa théorie sur la « relocalisation » de l’Illiade ainsi que le trajet d’Ulysse au cours de l’Odyssée.

En effet, l’hypothèse actuelle situe la cité du roi Priam, Troie (aussi appelée Ilion), dans la région de la Troade, au nord-ouest de l’Asie Mineure (dans l’actuelle Turquie) sur le site exact de la colline d’Hisarlik, près de la mer Égée et du détroit des Dardanelles. Pour Wilkens, cela ne parait pas possible. Il donne trois raisons principales : géographiques, historiques ainsi que l’absence réelle de preuve matérielle.

Commençons par les preuves matérielles : une guerre de cette envergure, Homère évoque le nombre sans doute exagéré de 1186 navires dans l’armée du roi Agamemnon, donc une armée plus que conséquente pour l’âge de bronze, sans doute 1200 av. J.-C. selon les spécialistes. Si une telle bataille qui dura plus de 10 ans, avait eu lieu sur la colline d’Hisarlik, il y aurait forcément beaucoup de traces. Or les archéologues n’y ont retrouvé que quelques épées et pointes de flèches, ainsi que de rares ossements. Rien n’évoquerait donc une guerre d’envergure.

Du point de vue géographique, l’auteur fait le grand saut et déplace Troie en Angleterre ! Nous voilà non loin de Cambridge, sur la colline de Gog Magog Hill. Un déplacement vertigineux… D’après l’auteur, la toponymie locale, la présence de grandes plages pour le débarquement des bateaux, la description des marées et les quelques découvertes d’éléments en bronze justifient une telle translocation.

Enfin, il y a l’aspect politique. D’après Wilkens, il s’agirait du contrôle de la route du Cuivre et de l’Étain. En mélangeant ces deux métaux, on obtient le bronze, si important à cette époque vers 1250 av. J.-C.

Finalement, en creusant un peu, on s’aperçoit que l’hypothèse turque reste bien plus solide.

D’abord, cette région des Cyclades était déjà très peuplée et très organisée, comme le montrent les textes retrouvés :

Le Linéaire B mycénien, confirme la richesse et l’organisation du monde mycénien, mais aucune narration. Les Textes hittites (Ahhiyawa) mentionnent des conflits en Anatolie occidentale, un roi « Alaksandu » de Wilusa, très évocateur et enfin les textes égyptiens (Ramsès III) mentionnent des « Denyen » et « Ekwesh », possibles Danaens/Achéens, dans le contexte des invasions des Peuples de la Mer.

Ensuite, en ce qui concerne le contrôle de la route de l’étain méditerranéen à cette époque, c’était surtout vers l’Est ! Les recherches archéométallurgiques récentes montrent que l’étain utilisé en Méditerranée orientale à l’âge du bronze venait probablement en grande partie d’Asie centrale (Afghanistan, région du Deh Hosein en Iran), transitant par le Proche-Orient, et non (ou pas uniquement) d’Europe occidentale. Pour preuve, l’épave retrouvée d’Ulu Burun transportait des lingots d’étain dont l’analyse isotopique suggère des origines d’Asie centrale/moyen-orientale.

Dans ce contexte Troie/Wilusa, située au carrefour entre l’Anatolie et l’Europe, aurait naturellement pu jouer un rôle dans des routes terrestres et maritimes reliant l’Anatolie, la mer Noire, et au-delà.

Quant au cuivre, le gisement principal confirmé par les recherches était Chypre (le mot « cuivre » vient d’ailleurs du latin cuprum, lui-même dérivé de Cyprium aes « métal de Chypre »…

D’après lui, en conclusion, les Troyens « anglais » défaits, seraient partis sur la mer pour se réimplanter ailleurs… et notamment en Grèce. Les Grecs seraient donc des descendants des Celtes anglais. Je rappelle quand-même qu’en visitant l’Acropole dans ma jeunesse, le guide nous avait indiqué que celle-ci fut fortifiée vers 1300 av. J.-C., ce qui ne colle évidemment pas avec cette idée d’origine anglaise de ce peuple bâtisseur. Iman Wilkens a donc sans doute été victime d’un désir de « celtification » du monde méditerranéen !

Le mérite de ce travail reste de m’avoir donné envie de m’intéresser à la réalité de cette histoire mythique. J’en ai conclu qu’il y avait toutes les raisons de croire que cette extraordinaire bataille et ce mouvement culturel qui l’a portée, ont réellement eu lieu. Et de fil en aiguille, je pense qu’on peut se poser la question pour d’autres sujets, comme la recherche de l’Arche d’Alliance ou encore la réalité de l’Atlantide…

Mais pour rester dans le domaine que j’affectionne, cela m’a permis de découvrir les recherches de Julian James et son hypothèse du cerveau bicaméral… Mais ça, c’est une autre histoire dont je dirai un mot un jour prochain !

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