Cela fait un moment maintenant que j’écris le mot « Magie » dans plusieurs articles. C’est aussi bien sûr l’un des thèmes centraux de e-Dieu dans le 1ᵉʳ tome. Pourtant ma définition personnelle de ce mot n’est pas exactement celle que vous connaissez. Il est temps que j’éclaircisse ce que j’entends en utilisant ce terme, ma signification personnelle !
C’est un pavé que je m’apprête à vous livrer… Ne vous découragez pas. Il y a un trésor au bout de ce passage !
Tout d’abord, je voudrais commencer par évoquer « la magie d’Harry Potter ». Dans sa saga, J. K. Rowling décrit un monde parallèle auquel de jeunes élus accèdent par un passage particulier, le quai 9 ¾ de la gare de King Cross. Cette notion de « passage », de « trou », souvent étroit et difficile d’accès est évidemment un symbole très répandu indiquant qu’un individu particulier s’engage vers un univers nouveau, voire étrange. Par la suite, l’auteur est moins clair sur le sujet, les deux mondes se mêlant et s’interpénétrant.
Je vais vous en donner ma traduction personnelle, en espérant que cela soit plus explicite qu’un long discours ! La notion de l’existence d’un passage me souffle l’idée d’un état de conscience particulier. S’il est étroit, c’est que cela évoque d’une part que nous ne pouvons y entrer que seul et aussi la difficulté qu’il y a à s’y glisser. Je note aussi que ce passage n’est pas un réel secret puisqu’il est au milieu d’une gare où tout le monde peut aller. Pour moi, il s’agit du rêve. Tout le monde sait que tout le monde rêve toutes les nuits, et pourtant bien peu de personnes seraient capables de me raconter les rêves qu’elles ont eus au cours des trois dernières nuits…
Ensuite, les frontières se mélangent. Cela indique que l’individu habitué à se souvenir de ses rêves et donc entraîné à reconnaître cet état de conscience modifié, il « voit » le monde « réel » différemment, de façon augmentée et plus complète. Dans cet entre-deux, des capacités étranges, et même magiques semblent devenir accessibles…
Nous voilà au cœur du sujet : les pouvoirs magiques ! De quoi s’agit-il ? Est-ce que j’imagine pouvoir voler sur un balai de sorcière, avoir des visions, jeter des sorts et transmuter du plomb en or ? Réellement ? Dans notre monde moderne, au milieu de toutes ces voitures, des téléphones portables, des écrans et de l’IA ? Je vais tenter de préciser.
Voler sur un balai : Honnêtement, je ne l’ai jamais vu ! Mais… des témoignages existent au sujet de la lévitation ! Je ne vais certainement pas entrer dans ce genre de débat qui vire aujourd’hui de toute façon à la polémique. En revanche, je me souviens avoir lu un passage touchant de l’initiation des enfants dans une tribu amazonienne. Ceux-ci étaient considérés comme étant devenus des adultes quand ils étaient capables de se souvenir de rêves où ils volaient. Et pour avoir longuement essayé, je sais que ce n’est pas si simple. Mais quel plaisir, quelle émotion ! D’une façon plus générale, l’ethnologie du rêve est un sujet que nous devrions, nous, occidentaux « civilisés », prendre plus au sérieux…
Avoir des visions prémonitoires : Je peux être plus précis dans ce cas et vous raconter une histoire personnelle. Comme je note régulièrement mes rêves, je vais vous livrer ici, recopié depuis mon cahier, in extenso, celui que j’ai fait le jeudi 3 décembre 2019 :

Je suis en famille dans un petit salon, assez moderne, intérieur classique du 21ᵉ siècle ! Je regarde le soleil par la fenêtre. Il se passe quelque chose. Je fouille dans la corbeille à papier, à la recherche d’une feuille blanche. Elle me sert d’écran sur lequel se projette le spectacle céleste. Le Soleil, rouge, avec 8 méridiens marqués, apparait. Il ressemble à un squelette d’oursin. Je suis surpris, je regarde alors la Lune qui est juste à côté. « II va y avoir une éclipse » dis-je. Elle est bleue. On dirait une Terre bleue, vaporeuse, avec des nuages. Je vois leurs courses respectives comme des colliers de perles, un rouge et un bleu, qui vont se croiser. Ma famille ne comprend pas l’importance du moment. Je sais que cela doit avoir une signification. Je ne comprends pas laquelle. Et je n’arrive pas à faire passer le message, l’importance de l’instant qui va définir l’avenir. Ce n’est pas juste une éclipse, c’est une révolution.
Pour bien préciser le contexte, la toute première mention à propos de cette épidémie de Coronavirus, sera faite le 31 décembre 2019 (information transmise à l’OMS), avec une première communication publique (Twitter de l’OMS) le 4 janvier 2020, suivi d’une déclaration formelle le 5 janvier 2020 — ce qui correspond d’ailleurs presque exactement aux mêmes dates où la presse française a commencé à en parler. Donc évidemment, je n’en savais rien à la date du rêve.
Quelques semaines plus tard, le 17 mars 2020, nous étions confinés une première fois suite à la pandémie de COVID19. Comme je m’ennuyais, je relisais quelques-uns des rêves que j’avais notés les mois passés. Quand je suis tombé sur celui-là, sa compréhension a été immédiate, elle m’est « tombée dessus ». L’observation d’une éclipse de soleil par un virus céleste alors que le reste de la famille ne s’y intéresse pas m’a semblé évidente. Je l’analysais ainsi : toutes les parties de ma psyché ne voulaient pas tenir compte de l’avertissement qu’un élément plus éveillé voulait me transmettre : l’ombre d’un virus planétaire allait être projetée sur la Terre. Deux points retinrent mon attention. Le 1er point : le rêve transmettait sans ambiguïté le message de la survenue d’un phénomène planétaire ; quant au second, c’est cette notion de révolution, cette idée d’un avant et d’un après cet évènement.
Je sais que les sceptiques ne seront pas convaincus par cette anecdote. C’est indémontrable et je me doute que beaucoup diront que cette interprétation est exagérée, ou même totalement erronée, avec une inflation de l’égo démesurée. Je comprends sans mal ce point de vue. Mais ce n’est pas mon ressenti personnel et intime.
Jeter des sorts : là encore, je ne peux qu’avancer avec prudence. Dans notre société occidentale matérialiste et mécanique, le sujet est absolument hors de propos. Pourtant, toutes les sociétés dites « primitives » évoquent le sujet sans ambages. Et pour C. G. Jung, il n’y avait pas d’ambiguïté non plus. Je vous livre ici un court extrait du livre « Psychothérapie » de Marie-Louise von Franz qui est très explicite (l’extrait complet est ici) :
Comme chacun sait, Jung déconseillait toute imagination active mettant en jeu des personnes vivantes, celles-ci pouvant en être affectées comme par des procédures magiques. De toute façon, tout genre de magie, même la magie « blanche », a un effet « boomerang », un effet de retour de bâton sur celui qui l’exerce. C’est pourquoi la magie est toujours destructrice à long terme pour celui qui recourt à elle. J’ai toutefois souvenance du cas d’une personne où Jung me conseilla de procéder à de la magie. J’avais une patiente d’un certain âge. Elle était possédée par l’animus au point de se trouver hors de portée d’une communication humaine normale, et elle risquait à tout moment un épisode psychotique. Jung me conseilla de procéder à une imagination active afin d’entrer en contact avec l’animus de cette personne ; il ajouta que cela aurait des effets salutaires sur elle, nocifs pour moi-même, mais que je pouvais cependant recourir en dernier ressort à cette solution. Il en résulta un soulagement certain pour elle, et Jung m’aida ensuite à désamorcer l’effet de retour ; mais par la suite je n’ai jamais plus trouvé le courage d’entreprendre ce genre d’expérience une autre fois.
Je vais tenter de compléter. Pour Jung, la psyché d’un individu est composée de sa conscience et de son inconscient. Les deux se frôlent parfois, notamment lors des états dissociés de conscience, comme le rêve et la transe. Mais cet inconscient n’est pas d’un seul tenant. Il est composé de plusieurs parties. L’ombre pour commencer. C’est la part qui reçoit tout ce qui n’a pas droit de cité dans la conscience. Cet élément est personnel. Puis il y a l’animus (la part masculine des femmes) et l’anima (la part féminine des hommes). Cet élément est à la frontière de l’inconscient individuel de l’inconscient collectif. On rencontre facilement cette part de nous-même dans les rêves, dès qu’elle s’est différenciée de l’ombre. Et puis en deçà, au-delà, on plonge dans l’inconscient collectif. C’est un peu le code génétique de la psyché. L’humanité l’a en commun, en partage. Mais cela signifie aussi qu’à ce niveau, ce que nous vivons et faisons individuellement peut se répercuter collectivement… Voilà la véritable frontière magique !
Transmuter du plomb en or : Ici nous glissons vers l’Alchimie. Là encore le sujet de la transmutation physique des métaux est sujet à polémique aujourd’hui ; je vous laisse lire par vous-même ce qui se dit de la fusion froide ici.

Le psychiatre helvète ne se prononce pas sur cet état de choses. Il s’en tient à la réalité du fait historique et psychologique. Dans sa bibliothèque, C. G. Jung aura amassé au cours de sa vie plus de 200 manuscrits traitant du Grand Œuvre.
Il s’agissait, de son point de vue, d’une quête d’individuation utilisant les métamorphoses de la Matière comme projections psychologiques. L’évolution personnelle vers l’individuation que suivaient les adeptes, humainement, était selon lui le véritable but de ce procédé.
Je voudrais terminer cette liste à la Prévert par un dernier point important que Jung étudia longuement avec Wolfgang Pauli, prix Nobel de physique : il s’agit de la Synchronicité. Cette dénomination est donnée pour des phénomènes acausaux, c’est-à-dire des phénomènes apparaissant sans cause. Aujourd’hui, la causalité est devenue tellement intrinsèque à notre vision du monde qu’il est difficile de comprendre de quoi il s’agit. Sans doute le plus simple est de dire que ce sont les choses pour lesquelles la réponse à leur origine est « c’est comme ça, c’est tout » ! On peut dès lors en distinguer deux grands types. D’abord celui qui correspond notamment à l’ensemble des nombres entiers naturels, 1, 2, 3, 4, etc. Il n’y a pas de définition pouvant expliquer leur apparition. « C’est comme ça, et c’est tout ». L’autre type de synchronicité est celle des phénomènes qui apparaissent comme des coïncidences et qui touchent profondément, émotionnellement, le spectateur. C. G. Jung raconte souvent cette anecdote d’une de ses patientes qui, alors que son analyse était bloquée, fut tellement choquée par l’apparition d’un scarabée doré en pleine séance d’analyse — alors qu’elle racontait justement son rêve de la veille où un scarabée d’or avait surgi — qu’elle put enfin avancer dans sa névrose. Pour en avoir vécu quelques-unes de particulièrement remarquables, je vous assure que quand cela arrive, on ne peut que croire à la magie !
J’arrête là ! Je ne veux pas faire la liste exhaustive de tous les phénomènes paranormaux que la science rejette et pour lesquels pourtant beaucoup de témoignages existent. Je préfère plutôt vous renvoyer à la lecture passionnante du livre de Rupert Scheldrake « Réenchanter la Science ». Rupert Sheldrake est un des scientifiques à avoir émis l’hypothèse de l’existence de champs d’informations, comme il existe un champ magnétique ou gravitationnel, dont il faudra que je vous reparle un jour…
Ma conclusion ? La Magie existe, évidemment ! Elle ne ressemble pas à celle des romans — mais leurs auteurs, souvent bien inspirés, puisent dans cet univers bien réel leurs histoires extraordinaires. Pour moi, elle est le nom que nous donnons à des phénomènes uniques et irrationnels, que notre approche rationnelle et statistique du monde ne peut ni mesurer ni contenir : rêves signifiants, synchronicités, résonances de l’inconscient collectif.
Est-ce un phénomène purement intérieur, ou a-t-il aussi un pouvoir sur le monde extérieur ? Je ne trancherai pas — et c’est peut-être précisément là que l’aventure commence.
Le moyen d’y accéder, lui, est connu depuis l’aube de l’humanité : franchir le passage étroit des états de conscience modifiés, en commençant simplement par se souvenir de ses rêves, chaque matin. Peu à peu, notre vision du monde s’élargit, augmentée de cette part irrationnelle trop souvent dénigrée aujourd’hui.
Mais surtout, j’espère vous avoir donné envie de partir à l’aventure, toute proche, chaque nuit !
